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Paris 1904, l'enquête commence...

Marc Rolland

Le Sioux des grands boulevards

éditions du 28 août

L'avis du site :

Un roman fascinant et vertigineux, renforcé par une exceptionnelle documentation sur la vie parisienne de l'époque.  Indispensable!

 

l'histoire

 

 

Août 1904 : un homme qui vient d’assister à un récital de Wagner à l’Opéra de Paris est sauvagement battu et enlevé passage Jouffroy. Chose étonnante, c’est un Indien sioux en frac et haut-de-forme, et les malandrins qui l’agressent sont déguisés en cow-boys. L’affaire est prise au sérieux par le président des Etats-Unis, Théodore Roosevelt, en pleine réélection. On dépêche à Paris Armand Rafferty, natif de la Nouvelle Orléans, détective désabusé, ancien officier de cavalerie et survivant du massacre de Little Big Horn, qui aime citer du Baudelaire.

 


À Paris on lui adjoint Gaston Cervi de la Sûreté, homme du Midi rationnel et bon vivant. L’affaire s’annonce délicate : les ravisseurs sont d’anciens partisans du marquis Antoine de Morès, jadis éleveur de bétail du Dakota et agitateur antisémite, mort dans le Sahara huit ans plus tôt. L’Affaire Dreyfus exacerbe encore les passions et l’insécurité est endémique – les Brigades du Tigre n’existent pas encore ! Très vite le mystère s’épaissit : quels sont les liens entre l’Indien, venu en France avec le cirque de Buffalo Bill et resté depuis, et un premier ministre italien récemment décédé ?

Avec un attentat contre Napoléon III vieux d’un demi-siècle ? Avec un groupe de partisans irlandais du pape, chargés de convoyer un trésor en 1860 ? Avec un mystérieux médaillon, surtout, convoité de tous, lié à une fresque médiévale de Pisanello ainsi qu’à… la Dame aux Camélias !

Dans le cadre trépidant des Grands Boulevards à la Belle Époque, ses cafés, restaurants, opéras, souterrains et passages, Rafferty rencontrera un ennemi à sa taille, son ancien commandant de compagnie dans l’Ouest, devenu lieutenant de Morès et chef d’une bande de gros-bras chevillards de la Villette. Mais l’amour aussi l’attend au tournant, en la personne d’une journaliste solitaire, indépendante, imprévisible.


Jusqu’au dénouement tragique, on passera de surprise en surprise, dont la non moindre est la confrontation de Rafferty avec son propre passé, aux côtés de son père disparu sur les barricades de la Commune, dans le même quartier qu’il retrouve trente ans après.

Marc Rolland, Le Sioux des Grands Boulevards, éditions du 28 août

extrait

Dans un éclair, Rafferty se souvint d’un autre restaurant fastueux, celui du Broadway Central Hotel à New York, où il travaillait comme serveur en 73. Quelque temps auparavant, le millionnaire « Jubilee Jim » Fisk avait trouvé la mort sur le grand escalier sous les balles d’un autre financier véreux qui lui disputait les faveurs d’une obscure actrice de music-hall. Ce jour-là  Rafferty portait son plateau à une table où avaient pris place des hommes en costume noir ainsi qu’un officier qui lui tournait le dos, un dos large sanglé dans une tunique bleu-nuit comme celle qu’il portait aujourd’hui, dont les épaulettes étaient ornées de la feuille de chêne argent d’un lieutenant-colonel. Il avait les cheveux blond-roux bouclés, une huile de coiffure embaumait la cannelle. Une verre de lait, devant lui, occupait ostensiblement la place du verre à vin des autres convives. L’officier se retourna : regard gris-bleu, étincelant, visage rougi par le soleil dont les taches de rousseur imprimaient une note juvénile, sourire spontané, éclatant, carnassier. Se lisaient à la fois une nonchalance impulsive, jeune, et l’assurance de l’homme qui est à son affaire.

           — Comme il se tient droit, ce garçon ! fit-il. Il m’en faudrait des recrues de cette trempe.

           L’officier le fixa, le regard scrutateur. Difficile de savoir s’il le faisait pour la galerie ou s’il s’intéressait véritablement au jeune homme.

— Alors, quand est-ce que tu nous rejoins, au glorieux 7e de Cavalerie ? poursuivit-il.

— Quand vous voudrez, mon général.

Custer, car c’était bien lui - et Rafferty l’avait reconnu sans peine, ce général aux longs cheveux, héros de la guerre de Sécession, car c’était l’homme le plus photographié, ou presque, du dix-neuvième siècle - enregistra un instant de surprise puis, reprenant son rôle, il sortit de sa poche de vareuse une carte de visite et la tendit à Rafferty.

— Voilà, mon garçon. Tu montreras cela à l’officier recruteur.

Le lendemain, il avait démissionné de son restaurant et s’était présenté au bureau de recrutement, muni de la carte de visite. Le regard entraînant de Custer remplaçait un vide qui se creusait depuis deux ans, depuis la disparition de son père, pour être précis. Le sergent l’avait inscrit sans hésiter et, quelques jours plus tard, il caracolait en tunique bleue avec tout le régiment qui remontait le Yellowstone. Il se demandait ce que son père, ce Confédéré impénitent, en aurait pensé. Rafferty était grand, montait bien à cheval, savait tirer – on lui laissa entendre qu’un jour il pourrait passer officier.

Marc Rolland

Le Sioux des grands boulevards

éditions du 28 août

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