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GETTYSBURG, 1863

Custer contre Stuart

par Xavier CORNUT

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La campagne de Gettysburg débuta pour la cavalerie des deux camps par la plus grande bataille montée du conflit, le 9 juin 1863. Les hommes du général nordiste Alfred Pleasonton surprirent ceux du général James Ewell Brown Stuart, ce dernier ayant organisé un défilé mondain à Brandy Station. Après de longues heures de combat, les rebelles en étaient difficilement sortis vainqueurs, mais l'orgueil de Stuart et ses effectifs ( il perdit environ 500 hommes ) en avaient pris un coup. Il s'agissait en effet la première grande opération de cavalerie nordiste sur le front de l'Est.

Aigris par cette attaque surprise, Stuart voulait redorer son blason. Il détacha alors une grande partie de sa division de cavalerie ( ne laissant que quelques brigades sous le médiocre commandant Robertson avec l'armée de Virginie du Nord ) et se lança alors dans un raid extraordinaire, digne de ce qu'il avait accompli lors de la campagne des Sept Jours, qui le mena jusqu'à Georgetown, à quelques kilomètres de Washington ! Mais cette chevauchée, si elle provoqua une onde d'effroi dans le Nord, n'inquiéta que très peu l'état-major fédéral. Mais sous la pression de la population terrorisée, de dernier détacha sa propre cavalerie ( à l'exception de la division de John Buford ) qui se mit à la poursuite des Rebelles.

Le 16 juin, les cavaliers sudistes traversèrent la Rappahannock River, s'enfoncèrent dans la Loudoun Valley et engagèrent les cavaliers fédéraux aux batailles d'Aldie, Middleburg et Upperville.

Au soir du 24 juin, Start nota dans son rapport, en répétant les ordres qu'il avait reçus de Robert E. Lee :

"Il est possible de contourner les arrières ennemis et d'y faire le plus de dégâts, d'intercepter ses communications avec sa base ( Washington ), et de rejoindre l'armée en Pennsylvanie à temps pour participer à une éventuelle bataille."

Cette décision, très controversée à l'heure actuelle par les historiens, priva l'armée de Virginie du Nord des ses "yeux" durant huit jours.

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James Ewell Brown Stuart : flamboyant cavalier confédéré, il va se révéler excellent leader et une légende chez les Sudiste (on le surnommait l'"Invincible" jusqu'à ce 3 juillet 1863). Le 3 juillet, David Gregg lui infligea son premier revers. Après une série de nouvelles défaites, il va mourir à la bataille de Yellow Tavern, tué par l'un des soldats de la brigade de Custer.  

 

Durant les combats de la vallée de Loudoun, Stuart fit part de ses problèmes de logistiques :

"Le mauvais états des routes et le manque de chaussures, conjugués aux nombre accroissant de blessés des engagements contribuent à affaiblir nos forces et à ralentir notre avance."

Avant de traverser le gué du Potomac, le 27 juin, un de ses subalternes virginien de Stuart expliqua la lenteur de la cavalerie :

"Dans un raid ou une longue chevauchée, chaque cavalier avait l'ordre de contrôler les fers à cheval de sa monture, et d'en prendre deux autres au cas où. Vu le poids, seul des fous prenaient ces charges supplémentaires. Ainsi, quand un cheval perdaient un de ses fers, il n'allait pas loin avant de quitter les rangs et s'allonger au bord de la route. Le cavalier se retrouvait alors à pieds."

Le 28 juin, des éléments des brigades de Wade Hampton et de John Chambliss capturèrent 125 chariots de vivres fédéraux et 900 mules, près de Rockville, au Maryland. L'adjudant général de Stuart, H. B. Mac Clellan, écrivit :

"C'était une bénédiction pour nos pauvres chevaux, parce que chaque chariots étaient conduits par des chevaux frais de l'armée de Meade."

Mais ce butin ne fit que ralentir encore plus les mouvements de Stuart, et il lui fut impossible de rejoindre Lee - comme il lui avait ordonné - avant que ce dernier ne soit engagé par les troupes nordistes. Start ordonna de doubler l'allure, mais cela ne fit que tuer les animaux, qui devaient tirer les chariots jusqu'à vingt heures par jour…

On ne parle que très rarement du rôle du cheval pendant la Guerre de Sécession. Pourtant, ce fut un élément capital, qui permit une plus grande mobilité pour les armées de deux camps. Leur emploi fut multiplié à mesure que le conflit s'intensifiait. Mais leur place délicate, souvent au cœur des combats, et l'effroyable hygiène des deux armées les tuèrent en grand nombre. On estime que près de 1,4 millions de chevaux furent victimes du conflit, sur une réserve nationale de près de 6 millions de bêtes. L'armée de l'Union perdit en 1863 près de 150 montures par jour, et les Confédérés à peu près le même nombre. Robert E. Lee, lui-même ancien cavalier, écrivit :

"Il y a beaucoup de chevaux de guerre qui méritent plus de rester dans les mémoires que ceux qui les ont montés."

Il y avait beaucoup de lucidité dans ces paroles, car nombre de troupes exploitèrent à outrance les potentiels de ces animaux.

Le 29 juin, à environ 17 heures, l'avant-garde de Stuart arriva dans les faubourgs de Westminster, au Maryland, et engagea le 1er régiment de cavalerie du Delaware. Il en résulta deux officiers du 4ème Virginie tués. Mais, malgré le succès des Confédérés, l'Union s'en sortit sans trop de problèmes, vu que leurs chevaux étaient plus frais que les montures épuisées de leurs ennemis. Le lendemain, ces escarmouches se transformèrent le lendemain en une grande bataille à Hanover, Pennsylvannie.

Une charge menée avec brio par une partie de la brigade de Chambliss ( 13ème Virginie et 2ème Caroline du Nord ) fut couronnée de succès contre l'arrière des colonnes fédérales. Mais ce fut de courte durée. Alors que les deux régiments arpentaient les rues d'Hanover, ils subirent une contre-attaque des Fédéraux, montés sur des bêtes fraîches. Plusieurs Confédérés ne parvinrent pas à distancer leur poursuivants, et furent capturés.

Les principaux acteurs de la bataille immortalisés au musée de cire de Gettysburg. De gauche à droite : David Gregg, George Custer, Wade Hampton et Fizugh Lee.

 

Ce dernier perdit plus de 100 cavaliers, plus de la moitiés étaient dans le 2ème régiment de Caroline du Nord, la cause étant que leurs montures étaient simplement inaptes à endurer ces efforts supplémentaires. Stuart fit retraite d'Hanover, pour assurer la protection de ses chariots, qui étaient devenus, selon ses propres termes, "un sujet de sérieux embarras".

Il dépêcha plusieurs escouades d'éclaireurs pour examiner la région. Entre le temps où Stuart quitta Hanover et son arrivée à Carlisle, en Pennsylvanie, où il espérait trouver l'armée de Lee, ses troupes capturèrent plus de 500 chevaux, dont 100 à Jefferson ( Pennsylvanie ) et 387 sur la route de Carlisle. Mais malgré le nombre important de chevaux capturés durant la campagne - environ 1000 - beaucoup s'avéraient être des bêtes médiocres.

Le 1er juillet, alors que les forces de Lee se battaient, Stuart fit brûler les baraquement fédéraux à Carlisle, et apprit par la suite que l'armée de Virginie du Nord se trouvait à Gettysburg. Il ordonna donc à sa colonne de se diriger au sud, et de parcourir en marche forcée les 50 kilomètres qui les séparaient du bourg.

Ce fut, selon le témoignage d'un cavalier rebelle, "une véritable catastrophe d'organisation et d'endurance". La cavalerie de Stuart arriva, épuisée, à Gettysburg le 2 juillet en début d'après-midi. Plusieurs hommes arrivèrent bien après le gros des forces, encombrés des chariots capturés, d'autres à pieds. Stuart laissa plusieurs dizaines de chevaux mortellement épuisés derrière lui. Le lieutenant George Beale du 9ème Virginie écrivit à propos de cette marche forcée :

"Il m'est impossible de vous donner une idée réaliste de la fatigue et de l'épuisement de nos hommes. L'excitation que provoquait le manque de nourriture et la fatigue sur leur mental les rendaient inconscients et stupides, jusqu'à ignorer ce qui se passait autour d'eux. Certaines estafettes avaient reçu l'ordre de leurs transmettre de faux rapports pour les encourager. C'était la vérité des commandants…"

A son arrivée à Gettysburg, Stuart connaissait parfaitement l'état désastreux de ses troupes, mais il s'insurgea quand il apprit que Lee ne le prévoyait pas dans son plan du lendemain, celui de la charge de Pickett. Lee rapporta, en 1864, au président de la Confédération, Jefferson Davis :

"Les rangs de la cavalerie étaient largement réduits par la longue et épuisante marche, par les multiples escarmouches et par le manque de fourrage et de nourriture. Mais dès le lendemain le général Stuart engagea l'ennemi avec courage, et protégea de ce fait notre flanc gauche."

Mais cette lettre, destinée à couvrir Stuart, ne reflétait pas la véritable fonction qu'eut la cavalerie rebelle durant le 3 juillet. La raison en est que Stuart, humilié par le peu d'attention que lui accordait Lee dans ses plans, vint en personne lui réclamer la permission de se battre le lendemain. Impressionné par ce courage, Lee la lui accorda. Ainsi Stuart reçut de Lee l'ordre d'attaquer les arrières ennemis et, loin de le protéger le flanc confédéré, il alla jusqu'à le mettre en péril.

Si la cavalerie fédérale, qui avaient poursuivis les Rebelles depuis Hanover, était aussi épuisée, elle allait être, le lendemain, en meilleure condition que son adversaire.

La première action dont fut témoin Stuart à Gettysburg se déroula le jour même de son arrivée, à deux endroits appelés Brinkerhoff's Ridge et Hunterstown , près du flanc droit confédéré.

Stuart arriva à Gettysburg autour de 13 heures, et vint faire son rapport au général Lee près du Lutheran Seminary. Après avoir été réprimandé pour son absence, il reçut l'ordre de positionner ses troupes. La brigade de Wade Hampton arriva avec les chariots peu après Stuart. Elle reçut l'ordre de se positionner sur les arrières du 2ème corps d'Ewell, en face de la route d'Hunterstown.

Le reste des troupes de Stuart ne reçurent aucun autre ordre que de s'installer autour de Gettysburg. Puisqu'il n'y avait qu'une seule brigade de cavalerie sur le flanc, l'infanterie rebelle devait la soutenir. La brigade de James A. Walker ( division de Johnson ) établit une ligne d'escarmouche le long du flanc gauche d'Hampton. Il s'agissait de l'une des meilleures unités de l'armée de Virginie du Nord, la célèbre "Stonewall Brigade". La brigade de William Smith ( division de Early ), se déploya aussi pour couvrir le flanc et les arrières de Walker. La ligne d'escarmouche rebelle s'étendait de Benner's Hill jusqu'à Hanover Road, puis le long de la route sur deux kilomètres. Cela faisait la jonction avec la brigade de Hampton sur la route d'Hunterstown.

Une forte ligne d'escarmouche fédérale, la brigade de Thomas H. Ruger ( 12ème corps ) vint assaillir les rebelles de Hampton jusqu'au milieu de l'après-midi. Deux brigades ( celles de George A. Custer et Elon J. Farnsworth, division de Judson Kilpatrick ) de cavalerie arrivèrent par la suite, avec l'ordre d'enfoncer le flanc rebelle. Ces brigades étaient en reconnaissance dans le but de trouver un endroit d'où ils pourraient tomber sur les arrières de l'ennemi quand les Rebelles de Hampton les engagèrent. Ainsi commença l'engagement d'Hunterstown, au nord-est de Gettysburg.

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  Le général Hugh J. KIlpatrick, commandant de la 3e division dont fait partie la brigade de Custer

 

Durant les combats, Custer lança une charge à la tête de ses hommes et perdit sa monture, la première des onze qu'il allait perdre durant le conflit dans de pareilles situations. L'engagement se résuma à une charge fédérale et une contre-attaque ennemie. Elle coûta à Kilpatrick 22 morts et blessés, et à Hampton 21, dont sept étaient des officiers de la légion de Cobb. D'ailleurs les pertes élevées de cette unité allaient la contraindre à ne pas participer aux combats du jour suivant.

L'engagement d'Hunterstown stoppa les infiltrations nordistes sur les arrières rebelles. Kilpatrick la définit comme "une affaire de courage de 2 heures". L'engagement s'était déroulé comme une escarmouche de cavalerie habituelle : il n'y avait eu aucune grande manœuvre, juste des attaques de front, qui avait données la victoire aux défenseurs.

Les brigades de la division de David McM. Gregg arrivèrent sur le flanc droit fédéral alors même que la bataille d'Hunterstown débutait. Son cousin, le colonel John Gregg, vint relever les hommes de Ruger sur Brinkerhoff's Ridge. Le colonel Gregg ordonna au major du 10ème New York de cavalerie, le major henry Avery, d'envoyer un escadron ( deux compagnies ) pour relever la ligne d'escarmouche de l'infanterie. Ces compagnies, H et L furent immédiatement assaillies par le feu des Confédérés, mais ne ripostèrent que faiblement. Les Confédérés devinrent alors plus agressifs, et avancèrent de leurs lignes jusqu'à Brinkerhoff's Ridge.

Les deux compagnies furent rapidement repoussées par les 333 hommes du 2ème de Virginie ( Stonewall Brigade ), sous le colonel John Q. Adams. Gregg envoya immédiatement quatre compagnies ( E, B, D, et K ) de ce même régiment qui, démontées, traversèrent un champ de froment et firent feu sur l'ennemi qui avançait sur la crête. Un membre du 10ème régiment de New York raconte :

"Nous avancions dans un champ, à découvert. La seule façon pour nous protéger était de se coucher ventre contre terre, et à chaque coup de feu de l'ennemi nous nous aplatissions encore plus. "

La compagnie F, montée, reçut l'ordre de galoper au nord de la Hanover Road, mais dès qu'elle y parvint, elle y fut accueillie par des salves ennemies. Les cavaliers mirent pieds à terre et couvrirent la retraite des quatre compagnies. Les quatre dernières compagnies du 10ème New York ( A, C, G et M ), démontées elles aussi, parvinrent à faire reculer le 2ème Virginie avant qu'elles ne soient relevées. Le 2ème Virginie fit retraite sur ses posirions.

Sur la droite du 10ème New York, une batterie confédérée sous le capitaine William Rank fit feu sur les compagnies de cavalerie en retraite. Deux escadrons du 3ème Pennsylvanie de cavalerie ( brigade de Mc Intosh ) sous Frank Hess et William Miller furent envoyées, démontées, contre l'artillerie ennemie. Après quelques combats, les cavaliers firent retraite, et la batterie du capitaine Rank aussi.

L'engagement de Brinkerhoff's Ridge fut mineur ( 17 victimes, 6 Confédérés et 11 Unionistes ) mais son importance résulta en ce qu'elle empêcha 1'400 cavaliers rebelles de participer à l'assaut contre Culp's Hill. De même, quand la brigade du général Smith fut envoyée sur le flanc, il manqua 800 hommes durant l'attaque de East Cemetery Hill…

Il est très difficile d'imaginer l'état du moral des hommes de Stuart, déjà épuisés, qui durent combattre ce jour-là et le lendemain ; il dut être, sans aucun doute, très bas…

La cavalerie unioniste quitta le champ en face de la brigade de Hampton à la faveur de la nuit. Le commandement de Stuart s'y établit durant cette même nuit du 2-3 juillet. La Stonewall Brigade alla soutenir la brigade de Steuart sur Culp's Hill, à l'exception des compagnies I, K, et une partie de la A du 2ème Virginie qui restèrent occuper Brekenhoff's Ridge.

Stuart, témoin de ces escarmouches, ordonna au 2ème Virginie de se fortifier. Quand les hommes de ce régiment avaient repoussé les tuniques bleues de Brinkeroff's Ridge, Stuart était parmi eux. Il avait vu en contrebas de la crête le champ de bataille où il allait engager les "Wolverines" de Custer le jour suivant…

Le général Custer déploie ses hommes près de Hannover

Au matin du 3 juillet, les divisions de cavalerie de Gregg et de Kilpatrick s'établirent entre la Baltimore Pike et un village Two Taverns.

Le terrain de presque tous les champ de bataille de la Guerre de Sécession se prêtaient mal à des combats de cavalerie, mais les plaines autour de Gettysburg faisaient exceptions. Autant JEB Stuart que David Gregg l'avaient remarqué le jour précédent, en regardant les combats de Brekenhoff's Ridge.

Durant l'action du 3 juillet, le commandant de la cavalerie fédérale du East Cavalry Field revint à David Gregg. Cela vint du fait que son homologue de la troisième division, Kilpatrick, avait reçu l'ordre de prendre une de ses brigades ( Farnsworth ) et de couvrir le flanc gauche fédéral sur Big Round Top.

Gregg commandait donc ses deux brigades de sa division ( Gregg et Mac Intosh ) et à une de la division de Kilpatrick ( Custer ). Il disposait de la batterie d'artillerie du capitaine d'Alanson Randol. Cette dernière était divisée en trois sections, dont deux sous les lieutenants Alexander Pennington et Ernst Kinney ( rattachées à la brigade de Custer ) et la dernière sous le lieutenant James Chester ( rattachée à la brigade de Mac Intosh ). Ce qui lui faisait environ 5'000 cavaliers et une dizaine de pièces.

Du côté confédéré, Stuart commandait à quatre brigades, respectivement sous les ordres de Wade Hampton, Fitztugh Lee, John Chambliss et Vincent Witcher ( en remplacement de Jenkins, blessé par l'artillerie ennemie le jour précédent ). Il disposait aussi de la batterie d'artillerie du capitaine Thomas Jackson, ce qui lui faisait environ 6'000 cavaliers, et une douzaine de pièces.

Alfred Pleasonton, commandant en chef de la cavalerie, ordonna à Gregg de s'établir juste au sud de Culp's Hill, et de quitter sa position sur Baltimore Pike. Mais Gregg s'y opposa et parvint à faire fléchir son supérieur, qui lui ordonna alors de prendre ses trois brigades ( Gregg, Mac Intosh et Custer ), pour s'établir en support au flanc droit fédéral. La brigade de Custer, environ 1'900 hommes, conduisit la marche.

La cavaliers du Michigan, les "Wolverines" comme Custer les dénommait, arrivèrent sur le champ de bataille à 10 heures. Le capitaine George R. Maxwell du 1er Michigan reçut l'ordre de former une ligne d'escarmouche le long du cour d'eau de la Little's Run. Custer envoya des patrouilles au Nord, pour détecter une présence ennemie éventuelle, puis déploya le reste des ses troupes en un L le long de la Hanover et Dutch Road.

David Gregg arriva ensuite avec ses deux brigades, et plaça la brigade de son cousin John Gregg, environ 1'000 hommes, à l'ouest, sur Wolf Hill, pour combler le trou d'environ quatre kilomètres entre la cavalerie et l'infanterie fédérale du flanc droit. Et il plaça la brigade de Mac Intosh en soutien derrière celle de Custer.

Les hommes de Stuart arrivèrent au même moment. Le général lui-même accompagnait la brigade de Witcher, qui consistait en le 14ème, 16ème, 34ème et 36ème régiments de cavalerie de Virginie. Cette brigade, qui était en fait une brigade d'infanterie montée, avait avancé avec l'armée de Lee et n'avait été affecté au commandement de Stuart que depuis le 2 juillet.

Avec cette brigade arrivèrent les quatre canons de la batterie de Virginie de Jackson. La brigade de Witcher prit position derrière la George Trostle farm. La brigade de John Chambliss arriva juste après, et se positionna sur la gauche de Witcher.

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James Gregg, le héros de East Cavalry Field. Son sang-froid et son instinct pour anticiper les mouvements de Stuart ont largement contribué  la victoire de la cavalerie nordiste. Il n'hésita pas à envoyer Custer et le 1er Michigan dans un assaut risqué contre 5 fois plus de troupes ennemies, assaut qui assura la victoire nordiste.

 

Stuart ordonna à la batterie de Jackson de tirer quatre coups dans quatre différentes directions, pour déceler la présence de l'ennemi et pour avertir les brigades de Hampton et de Fitzugh Lee ( le neveu du général Robert E. Lee ) de l'endroit où Stuart avait décidé de rassembler ses forces. Jackson plaça ses canons et tira. Les tirs confédérés reçurent immédiatement une réponse des canons du lieutenant Pennington, le long de la Hanover Road.

Stuart sut de ce fait que les troupes ennemies étaient massées sur l'intersection stratégique de la Hanover et la Low Dutch Roads. Il comprit aussi que la ligne d'escarmouche du 1er Michigan de Maxwell avait été formée en vue de faire écran à cette concentration de troupes fédérales. Stuart écrivit dans son rapport :

"Durant l'attaque que je prévoyais, la cavalerie ennemie devait être séparée du corps principal, ce qui nous aurait donné l'avantage et de grandes chances de réussites."

John Gregg déploya un fin écran de cavalerie, qui consistait en le 16ème Pennsylvanie, démonté et placé sur Wolf Hill, et deux régiments montés en colonne ( le 1er Maine et le 10ème New York ) au sud de la Hanover Road et à l'ouest de la White Run. Des tireurs d'élite de ces deux derniers régiments furent lancés de la Hoffman Road vers l'ennemi. Des tireurs rebelles firent de même contre eux.

Pendant ce temps, Stuart préparait son attaque :

"Je leur ordonnai ( les brigades de Chambliss et de Witcher ) de me suivre secrètement dans les bois, jusqu'à une position depuis laquelle j'espérais qu'ils lanceraient une attaque surprise sur les arrières ennemis. Mais malheureusement les brigades de Fitz Lee et Hampton débouchèrent à découvert sur notre droite, et l'ennemi, surpris, se replaça correctement, de manière à accueillir mes hommes…"

Pour contrecarrer les manœuvres ennemies, le général David Gregg ordonna à la brigade de Mac Intosh de quitter ses positions de réserve derrière Custer et de se positionner sur sa droite, dans la Lott Woods, ce qui la mit en continuité de la ligne de Custer, et qui permit de relever les hommes du 1er Michigan de Maxwell. Deux bataillons du 1er New Jersey sous le commandement du major Hugh Janeway se déployèrent près de la Rummel Farm. Deux autre escadrons du 3ème Pennsylvanie les y rejoignirent, pendant que les soixante-six de la légion de Purnell supportaient leur droite ( tous de la brigade de Mac Intosh ).

A environ 13 heures, Stuart fit avancer les 372 hommes du 34ème de Virginie sous Witcher lui-même, qui se placèrent le long d'une barrière, parallèlement à la ligne d'escarmouche fédérale. Stuart crut qu'il avait encore la possibilité d'accomplir ses desseins, même si l'erreur de Fitz Lee et de Hampton avaient indiqué leur positions à l'ennemi. Il rapporta :

"Mon plan était de fixer l'ennemi de front avec des tireurs d'élite, pour ensuite l'attaquer sur les flancs."

Witcher devait tenir pour donner le temps à Stuart de faire parvenir ses ordres à Hampton et à Stuart. Cependant ni Hampton ni Lee ne purent rencontrer Stuart pendant l'engagement, et ceci rendit la coordination entre la gauche et la droite confédérée inexistante. Stuart resta pendant toute la durée des combats aux côtés de Witcher. Ainsi ce fut Fitz Lee qui contrôla la gauche rebelle.

Pendant près de deux heures, les hommes de Witcher se battirent contre les cavaliers démontés de Mac Intosh. Le 34ème de Virginie tint et eut de pertes très lourdes dues à la rapidité et à la précision des ripostes nordistes.

A 14 heures, des compagnies du 14ème et 16ème de Virginie mirent pied à terre en prolongement de la ligne de Witcher. Au même moment, Fitz Lee ordonna le déploiement d'une ligne d'escarmouche sur son propre front, puis lança 130 hommes sur le flanc des quelques régiments de Mac Intosh, pendant que Witcher attaquait avec ses propres troupes de front. Les Unionistes firent retraite précipitamment.. Le 1er New Jersey, les compagnies du 3ème Pennsylvanie et la légion de Purnell rejoignirent la Lott Woods, où le reste de la brigade de mac Intosh se trouvait.

Pour combler cette brèche, Custer ordonna au 5ème Michigan, démonté, de lancer un assaut. Les Rebelles ne possédaient que des fusils Einfield à un coup, alors que les hommes du 5ème Michigan tiraient à leurs carabines Spencer à sept coups, que la brigade venait d'acquérir.

Custer écrivit à propos de ces armes :

"Je suis intimement convaincu que 1'500 hommes armés de Spencer sont plus puissants que 2'500 autres équipés de n'importe quelle autre arme."

Le feu intense du 5ème Michigan repoussa les hommes de Witcher au-delà de la Little's Run, et le combat se poursuivit durant 15 à 20 minutes.

Stuart avait une bonne vue des combats, près de la Rummel Lane, et il ordonna à Chambliss de lancer une charge à cheval contre le flanc droit du 5ème Michigan. Witcher écrivit :

"Le 5ème Michigan résistait à notre feu de plus en plus violent, avant de succomber à la charge de notre cavalerie."

Le 5ème Michigan refusa son flanc droit le long d'une barrière, puis fit retraite lentement, perdant près de 55 hommes dans l'escarmouche. George Beale, du 9ème Virginie décrivit l'attaque contre le 5ème Michigan :

"Nous avons mis pieds à terre, pris d'assaut les barrières et ils ont reculé à travers un champ puis un autre, presque jusqu'à leur propre artillerie…"

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George A. Custer, 23 ans, autre héros de cette journée du 3 juillet 1863. Alors général depuis seulement quatre jours, mena une charge à la tête de ses troupes. Son audace et son courage perturbèrent gravement les plans de Stuart. La charge finale du 1er Michigan, qu'il mena toujours en personne, conduisit à la victoire finale de son régiment... face à 5 fois plus d'ennemis ! 

 

Avec les cavaliers du Michigan en retraite, Witcher avança à nouveau avec son 34ème Virginie sur la berge est de la Little's Run. Les escadrons du 9ème et du 13ème Virginie s'avancèrent pour rassembler les prisonniers et les blessés des deux camps, et leurs commandants respectifs envisagèrent une attaque contre l'artillerie fédérale de Custer.

Pendant ce temps, les compagnies D et K du 1er de Virginie se déployèrent devant la Lott Woods, derrière la "Philip Fence", et avancèrent contre l'artillerie de Mac Intosh ( 2 pièces ), commandée par Chester, positionnée juste au sud de la Lott farm. Mais les assauts rebelles furent infructueux.

Il est très étrange de remarquer que durant ces combats, les attaques rebelles se concentrèrent beaucoup sur l'artillerie ennemie. Le fait est que cette dernière fut d'une remarquable efficacité, alors que son homologue, la batterie de Jackson, pourtant plus nombreuse, ne parvint jamais à remplir sa tâche comme la situation l'imposait et ceci malgré le terrain qui se prêtait à merveille à l'emploi d'une telle arme.

Custer avait massé le 1er et le 7ème du Michigan près de la Joseph Spangler farmhouse, le long de la Hanover Road. A l'annonce de la retraite de ses hommes, il galopa au-devant du 7ème Michigan, délogea son épée du fourreau et cria :

"Avec moi les Wolverines !"

Puis il se lança contre l'ennemi, suivis par les cavaliers bleus galvanisés par cet exemple. Custer écrivit :

"Le 7ème chargea en une formation d'assaut exécutée avec un style splendide, l'ennemi fut repoussé de champs en champs, avant que nous n'atteignons une barrière où était tapi l'adversaire. Le colonel Mann, suivis par le gros du régiment, passa bravement l'obstacle et déchargea son revolver sur l'ennemi."

La charge des 400 bleus menés par Custer fut si impressionnante que les cavaliers ennemis du 9ème et 13ème Virginie fuirent avant que le 7ème ne les atteigne. Le 1er Virginie, déployé derrière une ligne de barrières appelée "Philip Fence"et "Kross Fence" déchargea ses armes sur les assaillants. Le lieutenant George Briggs du 7ème de cavalerie écrivit :

"Cette charge du 7ème ne fut ralentie que par les barrières en question… A cet endroit nous étions pratiquement face à face avec l'ennemi - la position occupée par le 7ème ne pouvait être tenue longtemps, même si quelques hommes descendirent de cheval pour détruire la barrière et permettre au régiment de passer à travers - mais avant que cela ne puisse se faire, une brigade rebelle nous chargea et notre régiment fut forcé de faire retraite."

Sur l'ordre de Stuart, le 1er Caroline du Nord et la légion de Jeff Davis ( brigade de Hampton ) vinrent en renfort au 1er Virginie et repoussèrent les hommes de Custer. Durant les combats, le capitaine George Armstrong du 7ème avertit Custer de la situuation dangereuse, et celui-ci lui répondit calmement :

"Oui, je sais, et nous devons nous replier vers l'artillerie de Chester."

Depuis la "Kross Fence", barrière perpendiculaire à la "Philip Fence" les autres compagnies du 1er de Virginie lâchèrent des salves meurtrières sur le flanc gauche du 7ème Michigan.

Le 7ème fit retraite, alors que les Sudistes du 1er Virginie détruisaient les barrières pour permettre une charge de leurs escadrons montés contre l'ennemi en fuite.

Les compagnies à cheval du 1er Virginie poursuivirent les restes du 7ème pratiquement jusqu'au devant de l'artillerie de Chester, qui les repoussa. Le 1er de Caroline du Nord et la légion de Jeff Davis se joignirent à l'assaut. Stuart rapporta :

"Leur impétuosité les amena trop loin, et la charge se prolongea jusqu'aux positions ennemies. Mais leurs chevaux, fatigués par les harassantes marches des jours précédents, tombaient sous eux. L'ennemi perçut ces problèmes et contre-attaqua avec ses chevaux frais."

Une contre-attaque du 5ème Michigan et l'artillerie unioniste continrent l'attaque, et obligèrent les Confédérés à reculer. Cet engagement, qui ne dura qu'à peine 10 minutes, coûta très chers des deux côtés. Le 7ème Michigan avaient perdu 100 hommes, tués, blessés ou capturés. Allan Price, de la compagnie C du 6ème Michigan écrivit le 25 août 1863 :

"Le 7ème Michigan chargea et se fit réduire en pièces, il s'agissait de sa première charge et ce fut du travail de débutant…"

Il n'empêche que l'impétuosité de Custer et du 7ème avait perturbé les plans de Stuart, et celui-ci était spectateur d'un âpre combat qu'il n'avait pas voulu. Cependant, il interpréta la retraite du 7ème Michigan comme le signe d'une débandade complète des Fédéraux :

"La masse des ennemis flancha devant eux comme le grain devant la faux."

Custer galopa jusqu'au 1er Michigan et ordonna une charge contre le 1er Virginieet la légion de Jeff Davis. Le lieutenant Samuel Harris du 5ème Michigan fut témoin de cet instant :

"Je voyais le général Custer galoper aussi vite qu'il le pouvait… IL arriva près du colonel Town et lui dit : "Colonel Town, le 7ème a été défait. Je me dois de vous demander de charger les Rebelles."

Le 1er Michigan délogea le sabre du fourreau et se lança contre le 1er Virginie, et fut l'élément qui déclencha l'assaut final. Aussi bien Stuart qu'Hampton ou Fitz Lee interprétèrent cet assaut comme une tentative de couverture de la retraite fédérale. Ils lancèrent donc un ultime assaut pour concrétiser leur victoire et anéantir l'ennemi.

La ligne d'escarmouche de Witcher avait reculé, et Chambliss était inactif en ce moment. Restait Fitz Lee qui détacha cinq régiments supplémentaires pour exploiter l'avantage donné par le 1er Virginie. La légion de Philip et le 1er et 2ème régiments de Caroline du Sud de la brigade d'Hampton, et le 1er, 2ème et 3ème régiments de Virginie de la brigade de Fitz Lee se joignirent au 1er de Caroline du Nord et à la légion de Jeff Davis. Ce qui portait les effectifs Confédérés à plus de 1'500 cavaliers, qui chargèrent d'un même élan.

Cependant leu cohésion fut catastrophique. Le lieutenant William Brooke-Rawl, du 3ème Pennsylvanie se rappela :

"Les Rebelles avançaient escadrons après escadrons, comme si c'était un défilé, avec le sabre au vent, brillant au soleil ; j'entendis même des murmures d'admiration parcourir nos propres rangs. C'était vraiment un épisode unique"

L'élan rebelle fut bientôt ralenti par les 400 hommes du 1er Michigan et l'artillerie nordiste, mais c'est surtout la "Philip Fence" qui posa le plus de problèmes aux attaquants. Certes les hommes du 1er de Virginie avaient ouvert une brèche parmi ces obstacles, mais cette dernière paraissait totalement inutile pour un tel nombre de cavaliers.

La masse hurlant le "Rebell Yell" fondit sur l'ennemi, mais une fois de plus les carabines Spencer des Fédéraux furent dévastatrices. Les hommes du 1er Michigan se déployèrent, montés, pour accueillir les masses de cavaliers ennemis. Un survivant nordiste expliqua :

"On pouvait tirer n'importe où, nos balles, à chaque fois, rencontraient un ennemi…"

Les premiers chevaux et cavaliers rebelles furent littéralement fauchés par les grêles de balles, et s'écrasèrent contre le sol. Les cadavres des premiers devinrent des obstacles mortels pour les suivants, et les rangs confédérés s'écrasèrent les uns contre les autres contre la "Philip Fence". Ceux qui passèrent les obstacles furent immédiatement engagés au sabre par les Fédéraux.

L'engagement devint une indescriptible mêlée mortelle. Dans un extrait d'une lettre écrite en 1886, Cassius Norton, soldat de la compagnie M du 1er Michigan, donna des détails de la charge unioniste :

"Nous étions au trot, en colonnes, par escadrons… quand l'ordre "charge" nous parvint, nous passâmes du trot au galop, la colline en face de nous semblait être couverte de Rebelles hurlants qui venaient à nous, pendant qu'à nos côtés le 7ème essayait de se reformer aussi bien qu'il le pouvait ; nombre des nôtres tombaient… Le 1er escadron vira à droite, vers le front où le 2ème était déjà exposé au feu ennemi, le 3ème squadron ( oui c'était le mien ) reçut l'ordre de virer à gauche, ça devenait un galop très éprouvant… Nous nous arrêtâmes devant les barrières, juste pour décharger nos carabines sur l'ennemi, puis nous nous jetâmes dans une masse de centaines de sabres qui s'entrechoquaient… Nous nous trouvions dans la plus indescriptible confusion. L'engagement se transforma en combats individuels où beaucoup de mes camarades perdirent la vie… Chacun luttait pour sa propre vie…"

Bientôt, le 1er Michigan fut enveloppé par les masses hurlantes de Confédérés. Son flanc gauche était oppressé par les rebelles d'Hampton. Ces derniers, du 1er Caroline du Nord et de la légion de Jeff Davis, parvinrent à atteindre le sud de la "Philip Fence", et attaquèrent la batterie de Chester. Mais lorsque les Rebelles lancèrent l'assaut, le feu des éléments de la brigade de Mac Intosh les repoussa.

Le capitaine Frederick Newhall réunit 21 hommes du 3ème Pennsylvanie, et conduisit lui-même une charge contre le flanc gauche des rebelles. Lui-même captura le drapeau d'un régiment confédéré avant d'être blessé. Sur les 22 hommes qui chargèrent, quatre furent tués ou blessés.

Le capitaine Hampton S. Thomas du 1er Pennsylvanie, qui servait comme aide de camp de Mac Intosh ce jour-là, combattit et plus tard affirma qu'il avait blessé Wade Hampton à la tête. Hampton fut effectivement blessé, mais on ignore s'il le fut par ce capitaine Thomas. Les escadrons du 1er New Jersey du capitaine James H. Hart débouchèrent de la Lott Woods et chargèrent le flanc gauche rebelle. Durant ces combats, Fitz Lee lui-même se battit dans un duel au sabre, et parvint à s'en sortir indemne. Une autre attaque sur la droite confédérée de deux escadrons du 5ème Michigan obligea la plupart des cavaliers de Hampton à faire face à se nouveau danger.

Mais le coup de grâce vint du capitaine Wiliam Miller, du 3ème Pensylvanie, le seul homme qui obtint la Medal of Honor pour cette journée. Il mena son escadron contre le flanc ennemi au bon moment. Cette attaque prit de cours les Confédérés au moment même où ils changeaient de formation pour accueillir le 1er New Jersey et le 5ème Michigan. Les Rebelles étaient à présent attaqués sur trois fronts. Bien qu'en nette infériorité numérique, les Fédéraux étaient sur le point d'encercler les cavaliers de Stuart. La poussières enveloppa les combattants, qui continuèrent à se battre, au sabre et au revolver.

La mêlée dura encore dix minutes, puis les deux forces se séparèrent comme par enchantement et les Confédérés refluèrent. Certains cavaliers unionistes payèrent de leur vie l'erreur de poursuivre l'ennemi, car ils furent sous le feu des hommes de Witcher établis en soutien sur une nouvelle position, près de la Rummel Farm.

Ce déploiement était le fruit des ordres de Stuart, prudent, qui craignait d'autres attaques ennemies contre ses troupes littéralement annihilées. Mais ces dispositions étaient inutiles, vue que la cavalerie de l'Union étaient tout aussi épuisée et réduite que son homologue. Stuart plaça les hommes du 34ème Virginie de Witcher, une unité qui avait déjà perdu plus de 96 hommes en ligne d'escarmouche et leur ordonna d'attaquer, pour couvrir la retraite de ses cavaliers. Le soldat Allen Price du 6ème Michigan écrivit :

"Bientôt, sur notre gauche, on vit se déployer des troupes en ligne d'escarmouche, et nos hommes les accueillirent avec nos carabines, et l'ennemi, fatigués de subir les tirs de nos Spencer à 7 coups, refluèrent à nouveau…"

La bataille était finie. Il en résulta plus de 600 victimes, 300 dans chaque camp. Ce combat du 3 juillet était un combat typique de cavalerie : indécis, mais de chaque côté on annonça une victoire décisive.

Ce qui rendit l'assaut si célèbres, ce sont les conditions dans lesquelles il se déroula. Ainsi, jamais la cavalerie nordiste n'avait auparavant menée une charge au sabre contre un ennemi dix fois supérieurs en nombre… L'impétuosité de Custer, que certains, au contraire de juger cela comme une décision purement stratégique, mettent sur le compte de la jeunesse, avait permis à la cavalerie de l'Union de remporter une éclatante victoire sur un autre champ de bataille tout aussi implacable, celui de la popularité. Depuis ce jour, la cavalerie nordiste allait être crainte, et son efficacité s'en trouva accrue. La cavalerie rebelle , et Stuart avec, perdit son image de marque auprès du peuple.

On a souvent comparé Stuart et Custer, pour leur nombreuses similitudes. Tous deux furent d'excellents cavaliers ( l'un était surnommé "le Murat de la Confédération", l'autre le Murat de l'Union " par ses subordonnés ! ) jouirent d'un prestige légendaire, avaient des goûts vestimentaires qui les faisaient distinguer d'entre tous ( qui ne connaît pas la plume d'autruche de Stuart ou le bandeau rouge de Custer ? ), et enfin tous deux aimaient la "vraie cavalerie". Stuart écrivit d'ailleurs à propos du combat du 3 juillet :

 "Si nous ne prenons pas en compte les résultats obtenus, j'aurais préféré une méthode d'attaque différente, comme je l'ai précédemment indiqué, mais les circonstances ont modifié mes plans. Après chaque homme a essayé de faire le meilleur combat possible."

Stuart aimait les charges au sabre, conventionnelles. Son ennemi, ce jour-là, avait les mêmes idées en tête. D'ailleurs, plus tard, lors de sa campagne contre les Sioux, Custer se plaindra "qu'il voulait avoir en face de lui un ennemi qui se batte dans les règles."

C'est cette similitude de raisonnement qui rendit l'affrontement légendaire : on y vit des charges typiquement napoléoniennes, que l'on jugeait à l'époque comme obsolètes.

Si l'image de marque de Stuart se ternit depuis ce jour-là, celle de Custer ne fit qu'augmenter, tout comme son grade ( il fut, quelques mois plus tard major-général ). Le peuple du Nord se passionna pour ses exploits, et il en vint jusqu'à être aussi ( et même plus ) célèbre que Grant ou Sherman.

Stuart sombra, lui, dans l'oubli, jusqu'à sa mort durant la bataille de Trevillian Station ( il fut d'ailleurs tué par l'un des Wolverines de Custer ), en 1864. L'histoire n'a depuis gardé de lui que ses exploits qui précédèrent ce 3 juillet et le fit rejoindre les figures légendaires du Sud.

Aujourd'hui, à Gettysburg.

Quant à Custer, sa popularité ne s'éteignit pas après la guerre, il combattit les Indiens avant de mourir à la célèbre bataille de Little Big Horn, contre les Sioux.

Si Stuart resta comme une figure déterminante de la cavalerie de la Guerre de Sécession, Custer est trop oublié pour ses exploits durant ce même conflit, des exploits qui le rangent allègrement à la même place que son homologue.

On a longtemps pas pu déterminé si les combats du East Cavalry Field ont été une victoire ou une défaite pour l'un ou l'autre camp. Naturellement, les historiens du Nord citaient la victoire de la cavalerie nordiste contre une infiltration de Stuart, et les historiens du Sud l'inverse ( avec notamment à l'appui la lettre déjà citée de Lee à Davis, prétendant que Stuart défendait le flanc )… Mais la plupart des historiens reconnaissent à l'heure actuelle que la théorie selon laquelle les cavaliers fédéraux ont protégé le flanc de l'armée du Potomac ( avec pour preuves les ordres d'attaque donnés par Lee à Stuart ) est celle qui reflète la situation de ce jour-là. On en est donc venu à dire que les combats du East Cavalry Field ont été une victoire de l'Union, en ce sens qu'elle empêcha une attaque de la cavalerie ennemie contre les arrières unionistes.

La cavalerie de Stuart sudiste subit en ce 3 juillet 1863 le plus grave affront de la guerre, et ce dernier permit, après des années d'humiliation, à la cavalerie fédérale d'émerger et de se révéler comme un pilier essentiel de l'armée de l'Union.

Xavier Cornut

http://membre.tripod.fr/civilwar2000/Xavier : site phare pour toute personne aimant la guerre de Sécession - visites virtuelles des champs de batailles (Gettysburg, Antietam, Wilderness, Spotylsvania) + photos des reconstitutions de Gettysburg 2000

Sources :

They met at Gettysburg, de Edward J. Stackpole

The Civil War, de Bruce Catton

Blue and Gray, 28 juillet 1997

 Battle Hymn of the Republic, hymne nordiste de la guerre de Sécession